post mortem

Je n'avais pas compris l'enjeu, ni l'urgence. Je n'avais pas senti l'amplitude de cette métamorphose. La digestion chaotique et à retardement de ma trentaine m'aura finalement donné l'occasion d'avancer un peu plus à découvert. Délesté d'espoirs superflus, d'une naïveté romantique et de faux-semblants sertis d'orgueil. Il a fallu défaire et tailler dans la masse pour polir ce reflet, aujourd'hui plus aiguisé, qui a fini par lacérer mes contours. Moins familier mais sans doute plus authentique, cet hôte embarrassant est exigeant et implacable. Les formes que mon corps et mon esprit ont pris me troublent. Je me fantasmais comme un re-père solide et fiable. Aveuglé par la volonté de bien faire et de donner du sens, je me suis obstiné à panser ses plaies en voilant les miennes. Alors que mon armure s'effrite, je fais face à la nécessaire solitude de mon écho. Devenu l'inconnu de ma propre équation, j'assimile difficilement le second degré. Je tente d'accepter l'inconfort et de cesser le grand écart de mon immobilisme ; mon impossible posture. Mais je cède encore sous le poids de ma vérité, sans doute par lâcheté, vulnérable aux possibles impostures. Un champ libre et pourtant asséché. Un terrain en friche sur lequel je résiste obstinément à l'appel de semer tant je sais que la récolte peut être douloureuse. Le labeur de s'aimer me tétanise. Alors je scrute la récompense de nos échanges et me tapis dans mes peurs, à l'affut de la moindre occasion pour me décourager. Les inévitables faux-pas et mes tours de passe-passe me confortent dans la désillusion. A force, mon coeur est devenu un champ de bataille sur lequel je passe mon temps à compter les maux et les deuils depuis notre sécession, submergé par la crainte d'y perdre d'autres plumes. Mon coeur me dit aussi combien cet amour est précieux et rare. Je tombe à nouveau sous les coups de canon de mes doutes. Sans pouvoir renaitre de mes cendres et ré-apprendre à voler, aile contre aile, lui avec moi.



Handsome Boy Modeling School feat. Cat Power - I've been waiting

2 commentaires:

Anonyme | 13/04/2009 13:17

bah c'est touchant tout ça, la mue continue. l'amour, conte ténu : heureuse ph(r)ase finale

~ Nicolas ~ | 15/04/2009 12:49

Les grands écarts sont toujours délicat et douloureux quand on manque de souplesse. C'est étrange tout de même ce côté rassurant qui ne l'est pas quand je réfléchis bien, qu'il erre sur cette terre des êtres tourmentés par le même mal dont je souffre, une sorte de "bien incurable" dont on ne veut surtout pas se défaire de peur de se désintégrer définitivement.