lecture d'Angot



Samedi soir, chez "Colette", librarie de la rue rambuteau à Paris. Je traîne un peu les pieds pour sortir mais finalement surmonte ma flemme et accompage P pour rejoindre la bande.
Christine Angot lit un passage de "Rendez-vous", son dernier roman que je n'ai pas lu. Elle raconte une fin de soirée passée avec Eric, un comédien avec qui elle a entamé une relation amoureuse. Une certaine fragilité se mélange à la sècheresse qui se dégage d'elle. Sa voix semble posée et sûre. Le ton avec lequel elle exprime ses doutes et autres "je ne sais pas" répétés oscille entre la gravité et l'humour. Une sorte d'auto-dérision dramatique qui met à nu ses questionnements avec une incroyable fidélité à ce qui semble traverser et torturer son esprit au cours, notamment, de cette scène. La mélodie de sa voix met habilement en scène le rythme de ses "attaques cérébrales". Sa main droite, celle qui ne tient pas le livre, mime, accentue et ponctue ses lignes. Le pied droit appuie sur une pédale de grosse caisse invisible. La lecture de l'auteur et le récit lui-même se répondent, se complètent. Je sens pourtant à la fois de l'enfermement dans ses tourments et du recul face à son histoire. Son personnage, c'est à dire l'auteur, parait parfois désarmé et perdu, mais pas non plus paniqué. Le récit de cet épisode amoureux ne semble pas chercher pas à la mettre particulièrement en valeur, ni à exploser cet Eric. Angot expose, explique, analyse. Elle lui fait part de ses doutes et interrogations. Et l'auditeur est pris à témoin, de l'histoire et de son regard simultanément. Son style particulier consiste à verbaliser en "temps réel" son dialogue intérieur et exprimer finalement ce que beaucoup tairaient. Oui, j'y vois du courage, sans doute parce que j'ai du mal moi même à en faire autant. Non pas que je trouve cela systématiquement passionnant et nécessaire pour l'interlocuteur (lecteur), mais cela réduit grandement les faux-semblants. Les méprises sur soi. Et probablement le mépris de l'autre, le mépris de soi. La démarche pourrait paraître essentiellement égocentrique et compulsive. Mais je vois de l'honnêteté dans ce partage d'intimité. Une recherche d'exactitude dans la description de ses prises de tête. Et ce procédé fonctionne globalement sur moi, plus que le contenu lui-même de ses "bloquages" et l'intrigue de ce passage . Angot parvient à retranscrire, décortiquer et analyser ce qu'elle vit par le biais de cette méchanique récit-regard. Cela me l'a rendue plutôt sympathique parce que ses idées et ses mots laissent aussi de la place pour de la découverte, de l'imagination et de l'identification.
Le livre est à la maison, P l'a terminé en début de semaine. Je crois que je vais le lire.



0 commentaires: